Cabrières d'Avignon, entre pierre sèche, garrigue et cèdres

Ce petit village, bâti au pied des Monts de Vaucluse, offre un panel de curiosités. Avis aux amateurs, d’histoire ou de nature, et même des deux, vous trouverez dans ce lieu de quoi satisfaire votre appétit culturel.

L’originalité du village commence avec son blason, très différents des autres villages présentés jusqu’alors.

Cabrières d’Avignon, pays de Chèvre

L'origine du nom « Cabrières-d'Avignon » se trouve dans l'occitan cabrièra qui signifie « étable ou parc à chèvres ». Le mot est un prolongement de cabra (cabro en langue mistralienne), « chèvre », du latin capra.

Appelé tour à tour « Cabrieras », puis successivement « Capreris », « caprieras » et retour à « Cabrieras ». Le nom francisé Cabrières fait son apparition au XVIe siècle. On lui ajoute ensuite « du Comtat » ou « d'Avignon », car le village était situé dans le Comtat Venaissin.

En 1918, Cabrières prend officiellement le nom de Cabrières-d'Avignon, ce qui permet de le différencier du village de Cabrières d’Aigues qui est aussi dans le département de Vaucluse.

Cabrières d'Avignon en 1595
Cabrières-d’Avignon en 1595, British Museum, Ms. add. 17402 (by permission of The British Library)

Blason de Cabrières d'Avignon

Les armes se blasonnent ainsi :

« De gueules à la chèvre d'or, accompagnée au premier franc canton d'une étoile de seize rais du même. »

La chèvre est les armes parlantes du village, c'est-à-dire d'armes composées avec des éléments dont la consonance est proche de celle du nom du possesseur. L'étoile à 12 branches provient des armoiries des seigneurs des Baux. 

Une légende ancienne raconte qu’une chèvre d’or, animal fantastique avec un pelage, des sabots et des cornes en or serait la gardienne d’un trésor datant de l’époque où les croisés allaient chasser l’infidèle en terre sainte. On dit que pour le découvrir il suffit de trouver la chèvre d’or et de la suivre discrètement jusqu’à sa fabuleuse cachette. Nombreux sont ceux qui s’y sont risqués…

Si la légende est de mise pour ses armoiries, rien de légendaire dans cette Pâques 1545… Bien au contraire, Cabrières d’Avignon fait ici face à sa plus sombre histoire.

Le massacre de 1545

1545, François 1er est roi de France, un roi vieillissant, manipulé par les femmes et par ses conseillers qui vont murmurer à son oreille que les Vaudois du Luberon sont des hérétiques. Ces Vaudois du Luberon sont des petits paysans, qui travaillent les terres du seigneur et qui vivent selon les principes de Pierre Valdès ou Valdo créateur en 1170 d’un mouvement religieux appelé « les pauvres de Lyon ». Francois 1er va prendre un arrêt « dit de Mérindol » et le faire exécuter par Jean de Maynier baron d’Oppède, 1er président du parlement d’Aix en Provence. Les troupes du roi, de Maynier d’Oppède et du Pape vont se déchaîner à Cabrières d’Avignon et dans 11 villages du Luberon.

Jean Maynier
Jean Maynier Président du Parlement d'Aix organisateur du massacre, portrait réalisé en 1724 - © J. Cundier_1724 / Public domain
Le massacre de Mérindol
Le massacre de Mérindol - © Gustave Dore (1832-1886) / Public domain

Un siège a lieu à Cabrières d’Avignon du 19 au 20 avril 1545. Un nommé Eustache Marron défend la place ; il sera fait prisonnier, et finira brûlé à Marseille. Le 21, Cabrières se rend. C’est en entrant dans le village que Maynier d’Oppède hurle à ses troupes "Tuez-les tous, tuez-les jusqu'au chat".

Certains notables, chanceux, sont envoyés en Avignon ; mais une grande partie des habitants périront. Parmis les attrocités faites, dix-huit hommes sont taillés en pièces à coups d'épées et hallebardes, les femmes sont enfermées dans une grange qui est incendiée. Celles qui sautent par les fenêtres sont reçues sur la pointe des piques, et les femmes enceintes sont massacrés sous le pied des soldats, deux cents hommes sont réfugiés dans la salle basse du château ou ils sont maintenus prisonniers avant d'être massacrés.

Le capitaine Jean de Gaye abuse publiquement de certaines femmes réfugiées dans l'église avant de les faire assassiner. L'une d'elle est jetée du haut du clocher. On évalue à 900 le nombre de victimes rien que sur le village de Cabrières d'Avignon. Une stèle posée à côté du château en garde à tout jamais le souvenir.

Stèle rappelant le massacre des Vaudois à Cabrières - © Véronique PAGNIER / Public domain

Ce n’est pas parce que l’on se promène dans un village que seule l’histoire compte et fait qu’il vaut le détour. La nature qui l’entoure a elle aussi sa part d’originalité ! Petit détour à l’orée du village...

La cédraie de Cabrières d’Avignon, et le Ciste cotonneux

Lors de belles journées ensoleillées dans le Luberon, il existe un lieu très prisé tant pour sa beauté que pour sa fraîcheur, la Forêt des cèdres du Petit Luberon. Mais saviez-vous, qu’il est également possible de se balader à l’ombre des cèdres de l’Altlas, à Cabrières d’Avignon ?

Forêt des Cèdres - Cabrières d'Avignon
© OT LCDP - Photo Ph. Giraud

La forêt de cèdres de Cabrières d’Avignon, s’étend sur 5 hectares. Cette dernière fut plantée au XIXème siècle sur le site de Beauregard, situé eu nord du village.

Mais pourquoi des cèdres de l’Altlas en Provence ?

Depuis le XIIème siècle, les chantiers navals notamment ceux de Toulon, un élément majeur de l’économie commerciale, font l’objet d’une déforestation intense, sur Luberon, sur les Mont de Vaucluse, et sur le Ventoux. Ces coupes d’arbres acharnées, seront un véritable désastre pour l’écosystème de la forêt.

Cependant en 1860, une véritable prise de conscience émane directement de l’empereur des français, Napoléon III, qui met en place en 1860 une loi interdisant : le pâturage (une des principales causes de la déforestation), et le reboisement direct. Faisant suite à cette nouvelle législation, les forestiers vont alors avoir l’idée de semer des graines de l’Atlas algérien pour reboiser ces forêts, et c’est une véritable réussite. Aujourd’hui ces forêts de cèdres, de Cabrières d’Avignon, du Petit Luberon et du Mont-Ventoux, présente une véritable singularité face à la Garrigue, à la chênaie verte et blanche… mais on y découvre aussi une véritable harmonie entre ces différents milieux.

Cèdres de l'Atlas - rameau
Cèdre de l'Atlas (rameau et jeunes aiguilles) - © Jeffdelonge (jardin maison pour tous),mai 2004

 Le Ciste cotonneux (Cistus albidus)

En arpentant les sentiers du Luberon entre garrigues et pelouses sèches vous l’avez sans doute déjà observé, car cette plante aux belles fleurs roses qui fleurissent entre avril et juin est commune, mais étonnante.

Le Ciste cotonneux ou ciste blanc, faisant référence à son feuillage persistant duveteux aux couleurs gris clair, est une plante facilement inflammable. Mais sa particularité réside dans sa germination. En effet, la germination de ses graines est facilitée par les incendies, ce qui lui permet de se multiplier rapidement après un feu. C’est une espèce dite « pyrophyte », c’est-à-dire qui aime le feu.

Ciste cotonneux

© Audrey Cobas

Les amateurs de randonnées et de nature, auront un grand plaisir à s’aventurer dans la guarrigue à peine sorti du village. Et à peine quelques kilomètres marchés, une part de l’histoire se rappellera à vous ; celle de cette fameuse peste qui marqua toute la Provence et cela aussi bien dans les esprits que physiquement avec ce long mur que vous rencontrerez...

Le mur de la Peste 

Mur de la Peste - Cabrières d'Avignon

© OT LCDP - Photo Ph. Giraud

Une « ligne » de pierre sèche parcourt, sur 27 km du sud au nord, les Monts de Vaucluse. Edifié en 100 jours, le Mur de La Peste, avec ses guérites et ses corps de garde témoignent de la dernière grande épidémie de peste d’occident. Arrivée à Marseille dans la cargaison de tissus orientaux du Grand Saint Antoine en 1720, la peste se répand très vite bien au-delà de la ville de Marseille.

(Pour plus d’informations ne manquez pas la semaine prochaine notre thématique sur la peste de Marseille).

© Coll. OT LCDP

© Coll. OT LCDP

En mars 1721, pour limiter la propagation de la maladie, que les restrictions de circulation ne parviennent pas à contenir, le royaume de France, les territoires pontificaux d’Avignon et du Comtat Venaissin décident de se protéger par une ligne sanitaire matérialisée par un mur de pierres sèches entre la Durance et le Mont Ventoux. Ce mur sera gardé jour et nuit par les troupes françaises et papales dite garde « Pétochine » empêchant tout passage ; il devait protéger le commerce entre le Comtat Venaissin et le Dauphiné, Les habitants furent ainsi réquisitionnés pour son édification, mais celle-ci ne se fit pas sans problème. Des rivalités entre les villageois apparaissent comme cette rixe ou des gens de Mazan ont été battus par des gens de Beaumes de Venise au lieu-dit « Le Bourbourin » pour avoir construit plus de mètre de muraille qu’eux, que l’on mesurait à l’époque avec une canne en bois. Ne leur permettant pas de toucher la prime de construction.

La vie autour du mur s’organise, les infractions pour franchir le mur sont nombreuses, la relève des gardes, le matériel et les vivres ont beaucoup de mal à parvenir le long de la muraille.

Les troupes françaises et comtadines ne quitteront le mur que le 31 janvier 1723, lorsque tout danger de contagion sera écarté.

De nos jours, 6 km du mur subsistent entre Cabrières d’Avignon et Lagnes.

Mur de la Peste - Cabrières d'Avignon

© Coll. OT LCDP

Mur de la peste - Cabrières d'Avignon

© Coll. OT LCDP

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Cabrières d'Avignon, entre pierre sèche, garrigue et cèdres
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Galerie photos

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Mur de la peste. Crédit P.Giraud OT LCDP.jpg
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